5. Les valeurs

La façon la plus simple d’illustrer les valeurs est de se demander « quelles traces aimerais-je laisser de mon passage sur terre dans les sphères importantes de ma vie (familiale, conjugale, parentale, amicale, professionnelle, environnementale, etc.) ?». Pour faciliter ce questionnement, il existe un questionnaire des valeurs (traduit en français dans la section « matériel clinique de ce site »), utile pour cette étape de la thérapie. Une valeur est une direction et non un objectif à atteindre. Avoir une vie satisfaisante est souvent associée à l’atteinte d’objectifs personnels. Cette manière de concevoir est fondée sur un état de privation dans lequel nous sommes constamment en quête de quelque chose qui nous manque pour être heureux. Ce faisant, nous devenons à nouveau absent du présent. L’objet voulu est ailleurs dans le temps et l’espace. De plus, une fois l’objectif atteint, nous en trouvons un autre à atteindre pour répondre à un autre manque, et ainsi de suite. Une valeur n’est donc pas un objet à atteindre (objectif), mais un « principe directif » sous-jacent à nos actions quotidiennes. Une valeur perdure dans le temps et ne peut jamais être atteinte. Il s’agit d’un processus : qu’est-ce que je sème dans mon quotidien pour porter cette valeur ? Quel sens se trouve derrière mes gestes quotidiens? Une valeur peut inclure des objectifs, mais elle n’est pas l’objectif. En d’autres termes, s’il est important pour une personne d’être un partenaire amoureux, qu’est-ce que cette personne fait au quotidien pour démontrer l’importance de cet amour dans son couple ? Elle peut démontrer son amour par le biais d’objectifs (réserver du temps pour le couple, se marier, faire régulièrement des surprises à son partenaire, etc.), mais la valeur est ce qui motive ces objectifs. Un autre exemple de valeur peut être «d’être un parent présent pour ses enfants». À nouveau, qu’est-ce que cette personne va faire au quotidien pour semer dans cette direction ? Dans la thérapie de l’acceptation et de l’engagement, les obstacles relevant de la peur de l’engagement ou du rejet ne sont pas des raisons justifiant l’abandon des valeurs d’une personne. D’ailleurs, les valeurs révèlent les points de fébrilité d’une personne. Une personne craignant l’intimité révèle souvent à quel point l’intimité est importante pour elle. Le travail thérapeutique consistera à apprivoiser, accepter et porter ces peurs en les considérant à partir du soi contexte, tout en poursuivant dans la direction de ce qui lui tient à cœur, l’objectif thérapeutique étant d’être plus vivant même si c’est plus souffrant. Il ne suffit pas d’attendre que la souffrance disparaisse pour passer à l’action. En cherchant à contrôler notre souffrance, on perd le contrôle de notre vie.

De plus, les valeurs sont personnelles à chacun et ne sont pas fondées sur des conventions sociales. La compassion pour autrui peut être un acte découlant du besoin d’être vénéré, aimé ou d’obtenir une certaine reconnaissance sociale, ce qui n’a rien à voir avec la compassion découlant d’une fidélité à soi, comme choix d’une valeur de vie. Il est aussi important de ne pas confondre un plan de vie fondé sur les valeurs sociales contemporaines (par exemple, avoir un travail rémunérateur, se marier et être en famille, être un pourvoyeur financier, etc.) avec nos valeurs personnelles. En effet, le danger est de continuer un travail même s'il est insatisfaisant parce qu'il faut être pourvoyeur, de rester dans une relation abusive parce que le divorce serait mal vu par l'entourage. Par ailleurs, les valeurs sont des choix de vie qui ne sont pas fondés sur des raisons ou des évaluations pour/contre dérivées de la logique. Si elles étaient fondées sur des raisons, il serait alors difficile de maintenir nos engagements, car les raisons initiales peuvent changer au cours du temps. Si par exemple, un homme épouse sa conjointe parce qu’elle est belle, reconnue socialement, etc., le jour où elle aura des enfants et qu’elle restera à la maison non exposée aux regards des autres (ou encore, si elle perd ses attributs physiques suite à un accident d’auto), le conjoint s’en désintéressa et ira voir ailleurs. De la même manière, les valeurs ne sont pas fondées sur des émotions. Les émotions sont aussi très instables. Si une personne décide d’en épouser une autre parce qu’elle est passionnément amoureuse d’elle, lorsque des émotions différentes apparaîtront (éloignement suite à un conflit, distance, etc.), elle remettra la relation en question et se dirigera vers une autre personne. Les valeurs ne sont donc pas fondées sur des états temporaires (pensées, émotions, conventions, etc.) qui nous traversent, mais sur un choix évident qui s’impose à nous. Si une personne fait le choix de percevoir son partenaire amoureux comme quelqu’un de spécial et d’unique pour elle, ses impulsions auront peu d'emprise sur ce choix, profondément ancré (indépendant de la raison, de l’émotion ou de toutes autres données arbitraires).

Adapté du chapitre « Valuing » dans "Acceptance and Commitment Therapy" de Steven Hayes, Kirk Strosahl et Kelly Wilson